démarche

Mes peintures colorées sont des amalgames de références hétérogènes, facilement reconnaissables, à partir de l’icône, codifiée, immuable, mais aussi empruntées à différentes mythologies, la pop culture, le cirque, la publicité ou l’architecture antique. À travers l’exploration d’une imagerie omniprésente à l’Est depuis la chute de l’URSS, ce travail questionne la recomposition d’un héritage personnel marqué par la Russie. À première vue assimilables par chacun à sa propre culture, ces miniatures, grands formats ou peintures murales, se font détournements de représentations sacrées.

Comme dans l’icône qui représente une double réalité, simultanément terrestre et spirituelle et qui peut associer sur un fond commun, sans distinction, plusieurs scènes ayant eu lieu à des moments différents, les scènes représentées intègrent anachronismes et anatopismes. Les procédés de décors (trompe l’œil, motif) et architectures rendues étranges, dans l’image ou induite physiquement dans l’espace par l’œuvre, perturbent notre perception de l’espace. Dans les Scènes mystiques, les commandements s’écrivent au Minitel. Dans la série Cirque le dragon est un alligator de foire nourri par son dompteur. Ainsi usant d’ « identification ironique » (H.R. Jauss, Petite apologie de l’expérience esthétique, 1972), ces images perturbent une sensation de déjà-vu, révèlent avec humour les coulisses de l’illusion tout en cherchant, justement, la magie dans le plus commun.

Dans un contexte « apocalyptique », entre crise écologique, perte des repères de l’ordre social traditionnel et montée des nationalismes, le langage symbolique de l’art liturgique de l’Église orientale est pour moi une invitation, à la fois à interroger dans la perspective du temps long de l’humanité les images et récits avec lesquels nous vivons, mais aussi à se réapproprier ses codes et rituels pour réinventer notre façon d’habiter le monde ensemble.