Mes peintures sont des amalgames de références hétérogènes, facilement reconnaissables, à partir de l’icône, codifiée, immuable, mais aussi empruntées à différentes mythologies, la pop culture, le cirque, la publicité ou l’architecture antique. À travers l’exploration d’une imagerie omniprésente à l’Est depuis la chute de l’URSS, ce travail questionne la recomposition d’une identité personnelle marquée à la fois par la Russie et par l’Occident. À première vue assimilables par chacun à sa propre culture, ces miniatures ou grands formats, se font paysages surréalistes et détournements de représentations sacrées pour interroger les images dont nous héritons.
Que ce soit à l’acrylique, à la gouache, à l’huile, sur papier, sur textile, ou sur un mur, mes images sont vivement colorées et de facture naïve. La composition d’une ou plusieurs icônes me sert de trame à laquelle se superposent d’autres histoires convergentes, sacrées et profanes. Le langage de l’icône, qui représente une double réalité, simultanément terrestre et spirituelle m’autorise anachronismes et anatopismes. Les architectures représentées sont rendues étranges ou semblent modifier la perception de l’espace du lieu d’exposition : dans les Ruines du présent, une porte antique ouvre sur le présent. Dans les Scènes mystiques, les commandements s’écrivent au Minitel. Dans la série Cirque le dragon est un alligator de foire nourri par son dompteur. Ainsi usant d’ « identification ironique » (H.R. Jauss), ces images perturbent une sensation de déjà-vu, révèlent avec humour les coulisses de l’illusion tout en cherchant, justement, la magie dans le plus commun.
Depuis 2021, je travaille sur l’iconographie de la série Cirque, qui est plus particulièrement un lieu d’exploration de la figure du Monstre (l’Autre, le Queer, le Freak, le Fou, l’Étranger, la Bête …). Dans un contexte « apocalyptique », entre crise écologique, perte des repères de l’ordre social traditionnel et montée des nationalismes, le langage symbolique de l’art liturgique de l’Église orientale est pour moi une invitation, à la fois à interroger dans la perspective du temps long de l’humanité les récits avec lesquels nous vivons, et à se réapproprier ses codes et rituels pour réinventer notre façon d’habiter le monde ensemble.