BIO & DÉMARCHE

Née à Paris en 1989, Gigi (Eugénie) Alexeev est une artiste travaillant essentiellement l’image peinte. Elle vit et travaille en Seine-Saint-Denis. Elle étudie l’objet livre et l’illustration à l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Par la suite, elle participe à des éditions collectives d’illustration et travaille pour des structures culturelles. Ces dernières années, elle développe un travail de peinture de plus en plus immersif en même temps qu’elle se forme aux techniques de la peinture de décors et travaille dans le spectacle. Son travail a été exposé à la galerie du Théâtre Les Déchargeurs à Paris (2022) ainsi que lors d’expositions collectives notamment au Pré-Saint Gervais au Salon FMR (2023) et à la galerie de l’espace de création Spazio Noto (2022 et 2023). Elle crée des peintures murales dont le décor d’une pièce à l’intérieur du restaurant La Caravane à Paris (2022). Elle est actuellement en résidence à l’espace culturel L’Éclair à Épinay-sur-Seine. Par ailleurs en 2024 elle co-fonde Extérieur Jour avec Florence Lissarrague pour porter des projets de co-création de peintures murales dans des espaces non-dédiés.

Ses peintures colorées sont des amalgames de références hétérogènes, facilement reconnaissables, à partir de l’icône, codifiée, immuable, mais aussi empruntées à diverses mythologies, la pop culture, le cirque, la publicité ou l’architecture antique. À première vue assimilables par chacun à sa propre culture, ces miniatures, grands formats ou peintures murales, se font détournements de représentations sacrées et paysages composites surréalistes. Descendantes des nouvelles figurations des années 70-80, comme la Figuration Libre, elles sont une invitation à questionner les images et histoires dont nous héritons.

L’art liturgique de l’Église orientale (liturgie, iconographie, architecture, chant) signe un lieu de relation entre divin et humain ainsi qu’une vision du temps cyclique. L’icône représente une double réalité, simultanément terrestre et spirituelle, historique et atemporelle. Elle peut associer sur un fond commun, sans distinction, plusieurs scènes ayant eu lieu à des moments différents. Selon ce principe, les scènes représentées intègrent ici anachronismes et anatopismes, procédés de décors (trompe l’œil, motif), architectures rendues étranges (dans l’image ou induite dans l’espace par l’œuvre). Dans les Scènes mystiques, les commandements s’écrivent au Minitel. Dans la série Cirque le dragon est un alligator de foire nourri par son dompteur. Ainsi usant d’identification ironique (H.R. Jauss, Petite apologie de l’expérience esthétique, 1972), ces images perturbent une sensation de déjà-vu, révèlent avec humour les coulisses de l’illusion tout en cherchant, justement, la magie dans le plus commun.

À travers l’exploration d’une imagerie omniprésente à l’Est depuis la chute de l’URSS, ce travail questionne la recomposition d’une identité personnelle marquée par la Russie. Dans un contexte « apocalyptique », entre crise écologique, perte des repères de l’ordre social traditionnel et montée des nationalismes, ce langage symbolique offre une manière d’interroger dans la perspective du temps long de l’humanité les récits avec lesquels nous vivons pour réinventer notre façon d’habiter le monde.